Tous ceux qui croient que le Ministre d'Etat est libéral se trompent.
Monsieur Sarkozy tient d'une main de fer l'Etat-UMP, a musellé la plupart des oppositions libérales dans la presse.
Le Figaro, qu'on pourrait croire favorable aux idées libérales, soutient à l'évidence le candidat gaulliste conservateur. Il tient la masse média comme Berlusconi a pu le faire en Italie.
Un article du quotidien Hélvète
Le Matin souligne l'actuelle mainmise du Ministre d'Etat sur la presse française. Il laisse parler Royal dans la masse media, et pour cause, il sait qu'elle ne brille pas trop à l'oral.
Economiquement, le libéralisme est un de ses prétextes pour se placer du côté des conservateurs. Il se dit libéral, rassure les patrons qui se cantonnent à une vision fiscale du libéralisme. Mais, contrairement à ce que dit M. Sarkozy, il ne suffit pas de valoriser le mérite pour se prétendre libéral. Il faut regarder les hommes plus comme des poètes et des créateurs que comme des soldats, il faut voir le citoyen comme libre et responsable. Le libéral se méfie de l'autorité, ennemie jurée de la liberté.
Le libéral n'est pas un capitaliste: il voit l'argent comme un moyen de sa libre-entreprise, et sa libre-entreprise comme une fin pour sa recherche du bonheur.

En parlant de l'Europe, il a dénoncé le capitalisme newyorkais, prétextant qu'il ne fallait pas se soumettre aux "spéculateurs de Wall Street". En d'autres termes, il est favorable à un capitalisme d'Etat, convaincu qu'un simple dépoussierage (qu'il appelle "
rupture") suffira à remettre en état (sans mauvais jeu de mot) notre économie.
Il en profite également pour nous mettre face à sa volonté de faire de l'Europe une forteresse puissante, protectionniste. Il s'est insurgé contre le refus de l'agriculture productiviste. En clair, il veut la PAC de De Gaulle, soutenant le lobby agricole, peu sensible aux dégâts causés sur les économies africaines et sudaméricaines. Il avait déjà développé ce thème de l'agriculture: "préférence communautaire" (donc tarifs douaniers), aide à l'installation des jeunes agriculteurs (donc développement de l'agriculture). Pour lui, "supprimer la PAC serait une catastrophe pour l'indépendance de l'Europe" (à protéger contre le marché qui développe les pays pauvres... cocorico).

Et il l accuse la BCE (encore une fois) de favoriser la stabilité monétaire (la BCE lutte contre l'inflation) plutôt que de favoriser l'emploi et la croissance... Protectionnisme, inflation... raisonnement étatiste et keynésien ?
Est-ce à dire qu'il souhaite le retour de l'Etat - et pire ! de l'Etat Européen - à une politique étatique conditionnée par le protectionnisme et le socialisme capitaliste? Il n'a pas dit moins en refusant que l'Europe soit un "cheval de Troie de la mondialisation [libérale]". Il y a de quoi prendre peur, si M. Chirac considère M. Sarkozy comme "plus libéral que lui".
Sarkozy crache sur l'Europe libérale, l'accusant d'être responsable de l'échec au référendum, alors que le responsable est clairement le Président de la République.
Politiquement, il a mis à mort ses opposants potentiels. L'UMP, orchestrée pour la majorité présidentielle (à l'image de l'UDR gaullienne) a digéré Démocratie Libérale, où travaillaient les libéraux Madelin et Raffarin (qui n'a eu d'autre choix que d'accepter, en période de crise). Il a dégluti les radicaux, trop lâches de leurs petits intérêts pour réagir. Bayrou, antilibéral avoué, chante une France d'un compromis entre l'étatisme militant du socialisme, et l'étatisme conservateur du gaullisme. A long terme l'UMP provoque la destruction des oppositions à droite et au centre. L'objectif, pour cet étrangleur des libertés qu'est M. Sarkozy: sa victoire aux présidentielles. Comme on a pu l'entendre hier à Strasbourg, lors de son meeting pour l'Europe, il faut soutenir Sarkozy si l'on est "socialement de gauche, sécuritairement de droite". Le Ministre d'Etat a centralisé, a réprimé, a oppressé depuis qu'il est au pouvoir. Par cette voie, il organise un nouvel Etat-UDR, ou Etat-RPR, l'Etat UMP, organisé autour de son mètre cinquante-huit.
Nous, libéraux, devons lutter avec l'arme des mots et l'arme électorale contre cette horreur étatique ! Il faut faire contre-poids au socialbonapartisme gaulliste ! Certes, on peut aimer de Gaulle, car l'Etat constructeur et le dirigisme a sans doute fait un travail essentiel après la guerre, pour reconstruire, et faire l'efficacité du Plan Marshall. Les lignes de chemins de fer, les grands réseaux, l'armée ont été remises debout par l'Etat. Mais il est aujourd'hui endetté et inefficace ! Ce n'est pas un problème conjoncturel, lié à nos institutions et à nos services publics. Le problème est dans la structure de l'économie, et dans le rôle de l'Etat. Mais Nicolas Sarkozy s'accroche aux vieux principes qui alimentent la foi dans l'Etat.
Pour lutter contre le fléau impérialiste de Sarkozy, les libéraux doivent retrouver leur place au sein d'une parti politique libéral, puissant et aux idées claires, et lutter contre la propagande antilibérale des socialistes, injustifiée car s'appuyant sur des erreurs graves de jugement. Au final, il faut arriver à un parti digne du Parti Démocrate Libéral allemand (FDP: Freiheit Demokratische Partei), capable d'alliance avec tantôt la gauche ou tantôt la droite, capables de se placer dans l'opposition - comme à l'heure actuelle - contre un gouvernement. En clair, les libéraux doivent retrouver leur force, leur dignité et leur liberté de discours au sein d'un vrai parti libéral, indépendant et fort de ses idées. Depuis l'appareil UMP, le peuple libéral français était un peuple sans patrie politique. Les libéraux peuvent désormais en trouver une: Alternative Libérale.